septembre_2015_2374_illustra_papier

Alors que la décision du Conseil d’Etat constatait l’illégalité de la sélection à l’entrée du Master 2 en l’absence de décret, le gouvernement a fait le choix d’autoriser la sélection sur un large pan des mentions de diplôme, posant ainsi de nombreuses questions quant à la logique pédagogique de cette mesure. Face à cette interrogation absolument centrale dans les conditions d’études des étudiant-e-s, l’AFGES revendique une réforme ambitieuse.

Un sytème archaïque qui nuit à la cohérence pédagogique et à la réussite.

La mise en place de la réforme Licence-Master-Doctorat (LMD) en France a débuté en 2002 et découle d’une volonté de clarification et d’harmonisation de l’enseignement supérieur européen dans le cadre du processus de Bologne. Ce système comprend trois cycles d’études : la Licence en trois ans, le Master en deux ans et le Doctorat en trois ans.

L’enseignement supérieur français reste néanmoins profondément marqué par l’ancien système qui séparait le Master en deux années bien distinctes : la Maitrise (Bac +4) et les DEA/DESS (Bac +5).

La sélection à l’entrée de la seconde année de Master constitue une résurgence de l’ancien système et une volonté passéiste et conservatrice des universitaires.

Cette sélection entre le Master 1 et le Master 2 porte atteinte à la cohérence du cycle Master, et constitue une aberration pédagogique. Les étudiant-e-s qui auraient validé une première année de Master sans être admis dans une seconde année, correspondant à leur cursus et à leurs attentes, se verraient dans l’impossibilité de poursuivre leur parcours de formation, les laissant sortir du système universitaire sans diplôme. Cette aberration est d’autant plus criante qu’elle est illégale : l’article L.612-3 du code de l’éducation répertorie les formations sélectives de manière limitative, excluant les formations universitaires, et l’article L.612-16, du code précité, dispose que “l’admission dans les formations du deuxième cycle est ouverte à tous les titulaires de diplômes sanctionnant les études de premier cycle”.

A la suite de divers rebondissements juridiques et de passages entre les différents tribunaux administratifs et des Cours administratives d’appel de France introduits par des étudiant-e-s lésés, le Conseil d’Etat, juridiction suprême de l’ordre administratif français, a été saisi de la question. Il a déclaré, dans une décision du 10 février 2016, que la sélection en Master ne reposait sur aucune base légale en l’absence de décret gouvernemental.

Repenser le cycle Master au service de la cohérence des parcours et de l’accessibilité du supérieur.

Thierry Mandon, secrétaire d’Etat en charge de l’enseignement supérieur, a annoncé un décret pour définir les formations qui auront le droit d’être sélectives à l’entrée du Master 2. Un tel décret enterrinant des dispositions anti-pédagogique, et laissant libre court aux vélléités de sélection des établissements d’enseignement supérieur constituerait assurément une précarisation de la situation des étudiant-e-s et un coup porté au service public de l’enseignement supérieur.

La réflexion ne saurait se situer autour du choix du périmètre de la sélectivité, mais dans son principe. L’articulation entre le premier et le second cycle du supérieur doit être repensé en profondeur. L’incapacité des établissements d’enseignement supérieur à faire des licences de réels diplômes terminaux doit être questionnée, de même que les modalités d’orientation des étudiant-e-s entre le 1er et le second cycle.

Ainsi, une véritable réforme doit être menée, instaurant une véritable orientation active,  pour permettre aux étudiant-e-s de disposer d’une formation de second cycle découpée en 4 semestre cohérents, assurant une professionnalisation progressive et des diplômes de qualité pour tou-te-s.

L’AFGES, en tant qu’organisation progressiste et réformiste, demande à ce que l’accès à l’année supérieure d’un parcours de formation soit systématique dès lors qu’un-e étudiant-e a validé certains pré-requis. A l’instar de sa fédération nationale, la FAGE, l’AFGES demande la mise en place d’un système “admission post-licence” comparable à celui d’Admission Post-Bac permettant une orientation active des étudiant-e-s et des passerelles plus nombreuses entre les formations. Dès lors, la sélection sur dossier n’est logique que dans le cas d’une réorientation, l’accès à l’année supérieure constituant la conséquence de l’obtention de pré-requis. La validation d’une année doit donner le droit d’accéder à l’année supérieure correspondante, et ce durant l’ensemble du cursus. La sélection est une facilité utilisée par le gouvernement pour pallier le désinvestissement de l’Etat dans l’enseignement supérieur et la recherche, mais aussi par les universitaires, afin de ne pas à avoir à améliorer la cohérence de leurs formations.

Ainsi, il est aujourd’hui nécessaire que l’Université de Strasbourg soit pilote en la matière, et refuse la sélection en Master 2 dans ses formations. L’AFGES appelle donc l’Université de Strasbourg à se montrer, une fois encore, innovante et à repenser, en profondeur, les logiques pédagogiques du master au travers de :

  • La fin de la sélection à l’entrée de tous les Master 2
  • Une meilleure professionnalisation de la Licence qui doit constituer un diplôme terminal, et pas un simple point d’étape pour les étudiant-e-s qui le souhaitent
  • La mise en place d’une plate-forme d’Admission Post-Licence (APL) facilitant l’articulation entre les deux cycles ainsi que l’orientation active permettant la construction de parcours individualisés et une réorientation facilitée
  • La construction de véritables masters cohérents, divisés en 4 semestres, et non pas 2 années divisées par une cassure sélective et aberrante