Réconcilions l'Alsace avec ses étudiants
Quel est le point commun entre Marjane Satrapi, Abd al Malik, Albert Schweitzer, Mehdi Baala, Paul-Henri Mathieu, Louis Pasteur et M. Pokora ? Tous sont connus dans le monde du sport, de la culture, ou des sciences ; ils sont nés ou ont fait leurs études en Alsace et…. ils en sont tous partis !
L’Alsace, si belle mais endormie, se fige comme dans un conte de Grimm, où les grands hommes qui ont fait sa renommée, en y naissant ou simplement y passant, comme Kléber, Doré, Erasme, Hugo, Pasteur et bien d’autres, raisonnent au loin, tels les échos lointains d’une grandeur passée, plus que comme une symphonie pop-rock pleine d’avenir.
Mais où sont donc nos futures fiertés locales ? Rien n’y fait : quand on est jeune, et qu’on a le choix, l’Alsace, on l’évite. Ou on la quitte dès qu’on peut.
Pourquoi ? Nous avons en Alsace la première université de France, nous faisons tout pour construire les meilleures filières, notre université est une des premières à avoir assumé son autonomie, le plan campus apporte autant de moyens supplémentaires pour être encore meilleurs...
Oui, certes. Mais en quoi cela nous différencie-t-il des autres grandes villes universitaires nationales, européennes ou mondiales ? En quoi sommes-nous plus attractifs ? Quelle est notre valeur ajoutée ?
Il y a d’autres universités en France, en Europe et dans le monde qui offrent des enseignements de qualité, des perspectives de recherche au moins égales aux nôtres, et dont le simple nom attire beaucoup plus les étudiants que celui de notre Université de Strasbourg.
Quels sont les grands noms qui pourraient encore attirer des étudiants brillants à Strasbourg ? Notre plus célèbre chercheur, le Pr. Jean-Marie Lehn, a reçu son Prix Nobel en 1987… alors que la plupart des étudiants de l’université de Strasbourg d’aujourd’hui n’étaient pas nés !
Pourquoi venir étudier en Alsace, alors ? Pour nos plages ? Pour nos hautes montagnes et leurs pistes de ski olympiques ? Pour la renommée de nos équipes sportives universitaires ? Ou pour notre vie culturelle étudiante réputée dans le monde entier ?
Non, car nous n’avons rien de tout cela : jusqu’à présent, nous n’avons pas su donner un attrait particulier à notre région, pour attirer les grands noms de demain. Pourtant, qu’y a-t-il de plus important pour une région que d’avoir des ambassadeurs ? Des personnes qui, ayant eu l’envie de venir à Strasbourg, ayant apprécié la qualité et la richesse de sa vie universitaire, y resteront, ou en repartiront avec une passion pour cette ville, qu’ils transmettront à leur entourage, leurs proches, leurs enfants… ?
Qui mieux en ce moment que Sébastien Loeb pour vendre l’Alsace sportive, jeune, tournée vers l’avenir ? Si l’on voulait multiplier cela dans tous les domaines, que ce soit dans le sport, la culture étudiante, l’économie de la connaissance, l’engagement citoyen des étudiants dans la région… alors, on gagnerait en attractivité.
Donner de l’Alsace une image fière de son passé et de son patrimoine, bien entendu, mais surtout tournée vers l’avenir, dynamique. Attractive, en un mot.
Comment y parvenir ? L’une des solutions réside dans la vie étudiante. A ces mots, on imagine le sourire se dessiner au coin de certaines lèvres : d’un coté, ceux qui ne voient dans ces termes que le coté festif de la vie estudiantine, et de l’autre ceux qui diront que l’on a déjà tant investi, et feront l’inventaire des millions d’euros distribués pour telle ou telle action.
Enfin il y a ceux qui botteront en touche, arguant que la vie étudiante est déjà gérée par des organismes comme le CROUS, ou encore que notre région se situe dans une bonne moyenne, au niveau national : ni tellement plus ni tellement moins de chambres universitaires que d’autres, une couverture « correcte » sur la restauration universitaire, et un taux de boursiers « satisfaisant ». Fort bien.
Que ceux qui pensent ainsi le sachent : ils se trompent. Ils font l’amalgame entre loisirs, vie étudiante, et services à l’étudiant. Être dans la moyenne est-il suffisant, quand on vise l’excellence internationale ?
En réalité, de tous ceux qui en parlent avec des chiffres, personne ne sait ce qu’est la vie étudiante.
La vie étudiante, c’est ce qui accompagne l’étudiant tout au long de ses études. La vie étudiante, c’est par exemple ce qui va permettre à un sportif de haut niveau d’être sportif et étudiant à la fois. La vie étudiante, c’est ce qui va permettre à un étudiant en lettres classiques de finir ses cours, et d’aller monter avec d’autres une pièce de théâtre sur le campus ou dans la Ville, dans des locaux adaptés. La vie étudiante, c’est ce qui va permettre à un étudiant qui a la passion de la musique de la poursuivre à l’université, en intégrant un orchestre universitaire, ou en enregistrant son premier album dans une salle dédiée. La vie étudiante, c’est tout simplement ce qui va permettre à chaque étudiant de développer ses passions.
C’est un catalyseur, qui va apporter à chaque étudiant une valeur ajoutée aux enseignements qu’il reçoit, et qui fera de lui un ambassadeur d’excellence pour notre région. C’est, enfin, ce qui liera tout étudiant à notre région, soit physiquement – s’il s’y installe finalement après ses études-, soit par l’attachement qu’elle créera durant ce qui devraient être les plus belles années de sa vie.
Nous sommes loin, aujourd’hui, d’avoir créé les conditions de cette vie étudiante–là. En Alsace, on semble ne pas croire à la vertu de l’engagement de ses étudiants, dans toutes ses formes. Que tous ceux qui doutent se rendent sur les sites Internet des universités les plus connues mondialement : ils se rendront compte du retard pris par notre enseignement supérieur et ses partenaires territoriaux que sont les collectivités en matière d’opportunités d’engagements sportifs, culturels et citoyens des étudiants.
Dans ces universités mondialement connues, où les jeunes se battent pour aller étudier, la vie étudiante est à l’aulne de la qualité de l’enseignement ou de la recherche. C’est, en quelque sorte, le troisième pilier, la troisième voie de développement.
Il est temps que notre Région prenne exemple sur ces modèles de réussite. Qu’elle reconnaisse enfin les quelques 70 000 étudiants alsaciens, qui sont potentiellement autant de futurs cadres, artistes, ingénieurs, sportifs… fiers de leur région d’origine ou d’études.
Des solutions pour faire évoluer l’attractivité de notre région dans ce sens existent. Encore faut-il que dans ce domaine, les premiers concernés, les étudiants, aient le rôle principal, qu’ils soient écoutés, et que les décideurs politiques – université, élus locaux, collectivités territoriales… - d’aujourd’hui et de demain aient le courage de sortir du carcan des idées reçues.
Nous voulons une Alsace qui ait confiance en ses étudiants, cette jeunesse qui prépare et sera l’avenir de la Région. Est-il si difficile lui donner les responsabilités qu’elle est en droit d’attendre, quand on parle de cet avenir qui lui appartient ? N’est-il pas temps de retrouver la confiance qui avait abouti à tant de grandes réalisations avec les étudiants ?
La fusion des 3 universités de Strasbourg, qui marque la fin d’une séparation de 40 ans motivée par la volonté d’affaiblissement de la population étudiante, doit être achevée et se traduire, dans les actes, par un retour à la responsabilisation des étudiants.
En prêtant attention aux idées de la jeunesse, forcément moins conventionnelles mais probablement plus novatrices, mieux en phase avec les besoins futurs, nous ferons le pari d’inscrire notre région dans l’avenir.