L’évaluation continue intégrale : une innovation pédagogique nécessaire

L’évaluation continue intégrale : une innovation pédagogique nécessaire

La mission fondamentale de l’Université

Dcsm_RS4451_Campus_historique_08.04.2011_044_9358b3b04depuis maintenant plusieurs années, l’AFGES a promu la mise en place d’une nouvelle méthode pédagogique d’évaluation : l’Évaluation Continue Intégrale, ou ECI. Loin d’un simple contrôle continu, il s’agît d’une innovation pédagogique d’ampleur, qui a vocation à transformer les modalités même de transmission du savoir.

Car il est nécessaire de garder en mémoire l’objectif fondamental de l’enseignement supérieur : la transmission de savoir.

Les établissements d’enseignement supérieur sont des lieux où des enseignants apportent leurs savoirs, connaissances et compétences, aux étudiants futurs acteurs et citoyens de la société dans laquelle ils souhaitent s’insérer. Dès lors se pose la question sur les modalités de cette transmission du savoir : celui qui le transmet – l’enseignant – a la responsabilité de s’assurer que son destinataire – l’étudiant – l’a reçu, compris, assimilé et même critiqué.

On comprend ainsi aisément que l’évaluation classique dans nos Universités – le contrôle terminal en fin de semestre – est une forme d’évaluation sommative, qui a comme unique vocation de s’assurer que le message a bien été reçu et assimilé au terme de l’année universitaire. Même si les contrôles terminaux ne sont pas incompatibles avec quelques épreuves additionnelles en cours de formation, cela reste néanmoins négligeable eu égard au faible apport formatif de ces évaluations étant donné leur nombre limité.

Dans ce mode d’évaluation classique, l’échec ne nous est pas permis, à moins de se saisir d’une seconde chance : les rattrapages (seconde session), qui constituent une autre évaluation sommative tout-à-fait semblable à celle de la première session.

Pourtant, dès lors que l’on réfléchit en terme pédagogique, l’échec ne constitue-t-il pas une opportunité de révéler les difficultés de l’étudiant ? Un outil qui peut permettre de « redresser le tir » et d’améliorer l’assimilation des connaissances et des compétences ? L’échec met en relief un dysfonctionnement dans la transmission du savoir, et une fois identifié il permet à l’étudiant de s’adapter et d’insister si nécessaire sur une notion qui peut être mal interprétée, mal assimilée.

C’est cette notion pédagogique qui est au cœur même de l’ECI.

L’Évaluation Continue Intégrale constitue un mélange subtil de plusieurs évaluations formatives et sommatives. C’est une boîte à outils qui doit permettre à chaque enseignant, à chaque directeur pédagogique, de construire en fonction de l’enseignement et dans le respect de ses particularités, la manière optimale d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires. L’ECI peut être décrit comme le découpage pédagogique de l’unique épreuve terminale en plusieurs petites épreuves continues et régulières tout le long de l’année. Ces épreuves continues et régulières doivent évidemment être de natures différentes : écrits, oraux, dossiers, exposés, etc. C’est la pluralité des méthodes d’examen qui permet un réel apport pédagogique, notamment par l’usage des outils numériques, garantissant entre autre un temps de correction plus efficient.

L’Évaluation Continue Intégrale implique également un suivi de toutes ses évaluations et même un retour pédagogique détaillé auprès de l’étudiant, idéalement au travers d’un corrigé de chaque épreuve pour permettre à chaque étudiant de revenir sur ses erreurs et de progresser dans l’acquisition des connaissances.

En procédant ainsi, la seconde session d’examen – ou rattrapage – prévue dans le contrôle terminal devient caduque. Pire elle provoque un déséquilibre dans l’évaluation et force les établissements à organiser un nouvel examen, chronophage, coûteux et pédagogiquement contre-productif.

Néanmoins, les étudiants justifiant de statuts particuliers (salariés, sportifs…) ou d’impossibilité justifiée de participer à l’évaluation continue (période de maladie) bénéficieront dès lors d’une « session de remplacement ».

Ce nouveau mode d’évaluation innovant constitue un véritable progrès pour nos Universités et nos Écoles, restés empêtrées dans un contrôle terminal qui prend l’apparence d’une note-couperet, d’une sanction absurde et sans pédagogie. L’apprentissage revient au cœur de l’évaluation et pousse les étudiants à un travail régulier et sérieux qui leur garantit la réussite.

Quand la démagogie nuit à la démocratie

csm_Amphi_Cavailles_e129b61809Une vraie réflexion commune menée par l’AFGES et l’Université de Strasbourg nous a permis de mettre en place ce mode d’évaluation depuis 2011 dans un certain nombre de composantes, et à l’encourager dans les autres.

Les composantes de l’Université (Sciences de la Vie, Mathématiques-Informatique, etc) ayant réellement appliqué une Évaluation Continue Intégrale avec toutes ses subtilités, ont vu leurs taux de réussite augmenter, et l’expérimentation nous a même permis d’identifier quelques incohérences corrigées dès les années suivantes.

L’exemple de l’Université de Strasbourg est à cet égard édifiant : les résultats montrent une très nette augmentation du taux de réussite (Résultats : Faculté des Sciences de la Vie Unistra). Parce qu’un apprentissage régulier où l’on apprend de ses erreurs vaut mieux qu’une évaluation terminale sommative, qui ne vérifie qu’une partie des connaissances et compétences que nous sommes censés acquérir au sein de notre formation.

Malgré ces réussites évidentes, cette grande avancée pédagogique a connu un puissant coup d’arrêt en 2013 suite à un recours d’un syndicat étudiant minoritaire à l’Université de Strasbourg, devant le Tribunal Administratif. Ce recours se contentant de jouer sur les mots de l’arrêté licence sur l’absence de rattrapages à proprement parler dans l’Évaluation Continue Intégrale, alors même que la notion de rattrapage est pourtant centrale dans la multiplicité des épreuves tout au long de l’année, et malgré la présence de sessions de remplacement.

Mais les élections étudiantes étaient alors proches, le besoin de propositions démagogiques se fit sentir, et le syndicat minoritaire put se vanter d’avoir « sauvé la deuxième session », réduisant a néant une innovation pédagogique pourtant prometteuse pour les étudiants.

L’Université de Strasbourg, faute de définition juridique claire de l’Évaluation Continue Intégrale, fut condamnée à remettre en place la seconde session qui avait un sens dans une évaluation de type contrôle terminal, mais qui détruit totalement l’esprit et l’apport pédagogique de l’Évaluation Continue Intégrale. A ce jour, l’Université de Strasbourg a décidé de faire appel.

Aujourd’hui, l’AFGES, organisation majoritaire en Alsace, défend une vision pragmatique de l’enseignement pour faire de l’Université un lieu de réussite. C’est pourquoi l’AFGES et ses élus demandent au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et à la DGESIP de donner une suite favorable à la demande unanime des étudiants et des enseignants de l’Université de Strasbourg.

Il s’agit là d’une avancée pédagogique majeure, nécessaire et attendue des étudiants qui se sont massivement prononcé en sa faveur en apportant 76% des suffrages à l’AFGES qui portait au cœur de son projet la mise en place d’une véritable évaluation continue intégrale lors des élections de novembre 2014. La démagogie ne saurait faire plier la communauté universitaire, qui continue de promouvoir un étudiant au centre de son cursus par un véritable progrès pédagogique.